Les questions des parlementaires

PARTIE 10: Myriam Badaoui, mensonges et contradictions

 

[M. Houillon lit des lettres de Myriam Badaoui au juge Burgaud]
Quelle est votre réaction sur ces lettres de Mme Badaoui ?

Je l’ai dit tout à l’heure, je le redis. Je n’ai jamais fait de promesses de mise en liberté à Mme Delay-Badaoui. Elle a fait la même chose avec le JLD. Sur ces propos, je ne l’ai jamais non plus incitée à donner des noms, je l’ai interrogée.

Quelle est votre réaction au vu de ces lettres ?
C’est une des raisons pour lesquelles j’ai ordonné l’expertise psychologique de crédibilité de Mme Delay-Badaoui pour essayer de faire la part des choses par rapport à ce qu’elle pouvait dire, de ce qui relevait de la réalité ou du mensonge pour voir si elle n’avait pas une tendance à l’affabulation.
C’était du mensonge puisque vous ne lui avez jamais dit ça et elle vous l’écrit ?
Je pense que c’était pour elle un moyen, en écrivant au juge d’instruction en disant qu’il ne tient pas parole, de sortir de la maison d’arrêt.

Quelles questions vous vous posiez vous-même ?
Je l’ai expliqué. Elle essaie de tout faire pour être remise en liberté, c’est l’analyse que j’en fais.

[Question de M. Vallini ]
Elle vous ment, vous n’avez rien promis. Vous ne pensez pas qu’elle peut mentir sur tout le reste ?
Si, tout à fait, c’est la raison pour laquelle j’ordonnais un expert en février 2002 pour savoir si elle avait une tendance particulière à l’affabulation, savoir si c’était mentir, savoir si elle était mythomane, si ce qu’elle disait n’était pas purement inventé.

C’était inventé, vous le saviez, pas besoin d’expertise.
C’était une façon pour elle de recouvrir la liberté.

Vous voyez qu’elle ment, quelle est votre réaction ?
J’avais un certain nombre de doutes par rapport à ce qu’elle disait, c’est la raison pour laquelle j’ai ordonné une nouvelle expertise, parce que j’avais des doutes.
Concernant l’abbé, un certain nombre de lettres de Mme Badaoui où elle exprime son amitié pour l’abbé et où elle déclare (citation)

Ca ne vous paraît pas des contradictions ?
Il y a eu deux attitudes de Mme Delay-Badaoui à l’égard de M. Wiel. Elle écrit son amitié pour M. Wiel...

Elle dit même « tu n’as rien fait, toi ».
Depuis le début, avec ce qu’elle disait, c’était pris avec un maximum de précautions et le fait que ces lettres existent et sont versées au dossier, c’est une de mes interrogations à l’époque de savoir pourquoi elle dit son amitié pour M. Wiel et elle le met en cause. D’autres éléments, une dizaine d’enfants rapportait des faits qui semblaient similaires sur lesquels l’abbé enfonçait un bâton blanc après avoir mis quelque chose dessus. C’était des interrogations.

[Question de M. Benisti ]
Mme Badaoui avait déjà été impliquée dans une affaire précédente où elle avait également procédé de la même façon. Des faits identiques. Pourquoi lui avoir accordé autant de confiance aussi loin dans le temps ?
Sur la première branche de la question, le crédit à Mme Delay-Badaoui, j’ai relu un interrogatoire en revoyant toutes les questions que j’ai posées à Mme Delay-Badaoui en décembre 2001 où je lui demande si elle ne cherchait pas à en rajouter, c’est bien parce que je me posais un certain nombre de questions. A plusieurs reprises, contrairement à ce qui a pu être dit, je l’ai mise en garde par rapport à des faits qui n’auraient pas été la vérité et le procès-verbal, par exemple, je l’ai poussée dans ses retranchements par rapport aux accusations qu’elle formulait. Sur la non prise en compte des faits, c’était une procédure de 1998. [Nom d'un mineur] n’a jamais prononcé le vrai nom de quelqu’un, il a dit que c’était un homme qui l’agressait sexuellement dans la cave, sans dire qui c’était et c’était son père. Il a menti par omission et Mme Delay-Badaoui, à ce moment-là, lui a serré la main pour qu’il ne dénonce pas son père et l’enfant ne l’a pas fait pour ne pas que son père aille en prison. Ca faisait partie des éléments versés au dossier, j’en ai tenu compte.

[Question de M. Houillon]
La crédibilité des enfants à vérifier, bien sûr, mais 300 cassettes ?
Les experts, par une grille d’analyses de psychologue (non scientifique), du vécu, des histoires racontées par les enfants, constataient que les enfants n’étaient jamais seuls au domicile, il y avait toujours un des deux parents qui montraient des cassettes ; les expertises étaient un éclairage sur ce point.
Mais ils se sont "plantés"...
A l’époque, on ne le savait pas.

[Question de M. Hunault]
Qu’est-ce qui vous a manqué le plus dans votre fonction ?
Précision importante : Mme Delay-Badaoui a nié les fait quelques temps. Ce que j’ai noté, avec le recul c’est plus facile.
C’est d’être seul, de ne pas être épaulé par des collègues, pouvoir échanger avec des magistrats expérimentés.

[Ces questions, de M. Houillon, n'ont pas été posées à la suite des questions présentées page précédente]
En janvier 2001, il est question d’abus sexuels sur [nom d'un mineur] dans des termes contradictoires avec preuve de la virginité de la jeune fille ? N’est-ce pas un élément supplémentaire qui attire votre attention sur la contradiction de faits ?
Les principales déclarations de [nom d'un mineur] qui effectivement était vierge, fait constaté médicalement, mais était sodomisée. Ce que disaient les enfants c’était qu’on mettait le « devant dans le derrière », l’expression des enfants de cet âge-là et [nom d'un mineur] s’est également rapprochée avec ce que disaient les enfants, mais aussi des adultes, que M. Delay rappelait que les jeunes filles devaient rester vierges de façon à ce que la police ne découvre pas les faits. Il apparaissait qu’elle était vierge parce qu’il s’agissait de faits de sodomie.

Le cas de M. Couvelard, handicapé, dont les conclusions d’une expertise médicale vous sont transmises le 16 juin 2001 qui mentionne « un handicap intellectuel de l’ordre de l’arriération mentale profonde » et " la coordination motrice qui implique qu’il est incapable de s’habiller ou se déshabiller seul, qu’il est incapable de manger ses aliments...". C’était très facile de s’en apercevoir en le rencontrant. Quelle a été votre réaction à la suite de ce rapport d’expertise ?
A la suite de ce rapport, M. Couvelard...

Il a bénéficié d’une ordonnance pour irresponsabilité pénale, il n’a pas été innocenté, pas de non-lieu, pourquoi ?
Ce n’est pas moi qui ai rendu la décision.

C’est vrai. Mais quand le rapport tombe, vous étiez encore là. Quelle aurait été votre réaction ?
Il aurait pu bénéficier d’un non-lieu.

Encore un élément supplémentaire qui doit vous faire poser des questions ? C’est tout ce que vous avez à répondre ?
Encore une fois, on avait des interrogations sur l’ensemble des éléments. Il aurait dû bénéficier d’un non-lieu.

Pourquoi ne pas se questionner sur la dénonciation faite en ce qui le concerne ? et sur les autres aussi ?
Il y a eu une réaction puisque M. Couvelard a eu une expertise et n’a plus été inquiété.

Pas inquiété mais pas innocenté non plus. C’est physiquement, mentalement pas possible.
Ce n’est pas moi qui ai eu à se prononcer sur les charges qui ont pesé, ou pas pesé, sur M. Couvelard.

[Questions de M. Vallini]
Mme Couvelard a dit qu’elle vous avait téléphoné, que vous aviez vite mis fin à la conversation et que vous aviez refusé de la recevoir ?
C’est vrai que je n’ai pas reçu Mme Couvelard car je ne suis pas médecin. Quand M. Couvelard a été interpellé, les enquêteurs m’en ont fait part, j’ai demandé à ce qu’ils saisissent le docteur qui a confirmé qu’il était handicapé. Après, c’est vrai que moi, je n’étais pas en mesure de les recevoir à mon cabinet.

Concernant Pierre Martel, il est accusé par [nom d'un mineur] d’avoir organisé un voyage de pédophiles en Belgique le jour de la fête des Mères. Il était à une compétition de golf. Et à une autre date, il est mis en cause pour viol sur une jeune fille qui s’avère, après examen, présenter toute sa virginité... A ces deux éléments, quelle est votre réaction ?
Sur les activités de golf, ça a été vérifié, mais le temps que ce soit vérifié, c’est revenu par les enquêteurs longtemps après, sachant que ce n’était pas les seuls faits qui concernait la mise en examen. La mineure indiquait que des gens avaient mis « son devant dans son devant », et quand [nom d'un mineur] parle d’actes de pénétration, elle dit qu’on lui « mettait des choses dans son trou du derrière », et du fait des actes de pénétration ou de sodomie, elle est vierge. L’enfant a été entendue et réentendue à sa demande. Dans ses déclarations, elle semblait avoir vécu les faits qu’elle dénonçait. Dans un deuxième temps, parce que des précautions avaient été prises sur ce que disaient les enfants, une audition de cette mineure avait eu lieu avec un expert psychologue. La précédente expertise semblait crédible disant qu’elle semblait avoir un vécu avec une forte charge émotionnelle ; la deuxième, qui n’avait pas lieu sur les mêmes choses, elle parlait de l’étranger, ou du meurtre, semblait l’être d’après les experts. Il y avait bien volonté de faire la part des choses.

[Questions de M. Houillon. Les questions suivantes ont été posées en fin d'audition, elles n'ont pas été posées à la suite des questions ci-dessus]
 Mise en cause des Legrand.… Ce que vous avez demandé à Mme Badaoui… 
S ’il y avait eu des questions, elles auraient été notées au fur et à mesure. S’il n’y a pas de questions de noté c’est qu’il n’y a pas eu de question de ma part. Concernant le bien, je pense qu’elle faisait référence à son courrier qu’elle avait fait avant. C’est la seule explication que j’y vois et c’est vrai que Madame Delhaye parfois parlait beaucoup et je l’ai indiqué. Il y a des personnes qui parlent beaucoup et d’autres oui, non, c’est variable.

Comment expliquez-vous parce qu’on sait maintenant qu’elle ne les connaissait pas. Comment expliquez-vous qu’elle sorte ces noms-là ? Sachant que nous avons entendu ici un avocat qui nous a dit : « Il n’y a pas d’autres explications que, sans doute, par maladresse, le juge d’instruction ait communiqué le nom puisqu’elle ne les connaissait pas. Comment a-t-elle pu donner ce nom-là ?
Ça j’en sais rien du tout. Je sais que tout au début elle parlait d’un certain "Dada…, Dada…, Dany voilà", après elle ne les connaissait pas et s’il y avait eu une question, elle serait notée au procès verbal. Et d’ailleurs, il y a eu un interrogatoire où j’ai posé beaucoup de questions notamment à Mme Delay. Je lui ai posé la question : « Ne cherchez-vous pas à en rajouter pour montrer votre bonne volonté et votre collaboration avec la justice ? Ne cherchez-vous pas à en rajouter et ajouter d’autres faits à ceux qui se sont réellement passés, c’est-à-dire à inventer des faits qui ne se seraient réellement pas passés ? N’avez-vous pas cherché à mettre en cause les huissiers pour vous venger, n’avez-vous pas mis en cause Me Marécaux pour vous venger ? Ne les avez-vous pas impliqués parce qu’il y a un dossier au contentieux vous concernant ? Dites-vous vraiment la vérité sur personnes impliquées ? La liste que vous avez donnée par courrier est-elle complète ?». Elle répond : « Je ne sais pas si j’ai parlé du réseau dedans ? Pour quelle raison les noms de M. et Mme Marécaux n’y figurent pas ? N’avez-vous pas « oublié » d’écrire leurs noms ?». Ce qui montre bien que je me posais un certain nombre de questions par rapport à ça.

Avec ces questions, et compte tenu de l’absence d’éléments matériels bien souvent voire même d’éléments contradictoires, vous nous dites je me posais des questions et on sait qu’il y a un certain nombre d’éléments matériels donc comment est-ce qu’on fait la part du feu d’un côté les déclarations, de l’autre, les questions que vous vous posez et troisièmement des éléments matériels qui font défaut » ? De toute façon, je reviens quand même à la question initiale qui est : Comment Mme Badaoui a pu donner le nom des deux Legrand sachant qu’elle ne les connaissait pas ?
J’en sais rien. Je n’ai pas d’explication à tout. C’est pas moi qui lui ai soufflé. Pour faire la part des choses. J’ai étudié les déclarations des enfants qui étaient parfois vagues sur les mises en cause parfois tout à précises et très circonstancié et également avec des éléments que j’ai évoqués tout à l’heure.